Incendies de Landiras : rencontre avec Bernard Rablade

Bernard Rablade, propriétaire forestier en Gironde, raconte la restauration de sa forêt après les incendies de 2022.

En 2022, les incendies de Landiras ont ravagé plusieurs milliers d’hectares en Gironde, dont une partie de la forêt familiale de Bernard Rablade, propriétaire forestier certifié PEFC. Depuis, il accompagne la remise en état de ses parcelles, observe le retour progressif de la végétation et poursuit son travail de prévention dans le cadre de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) du département.

Il témoigne de la réalité de l’après-feu, de l’importance de l’entretien des forêts et du rôle que peut jouer la certification PEFC dans la résilience des massifs forestiers et leur restauration post-incendie.

Bernard Rablade, propriétaire forestier, debout dans sa forêt de pins en Gironde

Propriétaire d’une forêt familiale dans le Sud-Gironde, Bernard Rablade a été touché par les incendies de 2022. Près de 30 hectares de sa propriété ont été détruits, les mêmes qui avaient déjà été reboisées après les tempêtes de 1999 et de 2009.

Également engagé dans la DFCI et ancien sapeur-pompier volontaire, Bernard Rablade porte un regard à la fois personnel et opérationnel sur le risque incendie. Pour lui, la restauration ne peut pas être pensée sans tenir compte des réalités du terrain : les caractéristiques des sols, les essences adaptées, l’accessibilité des massifs, l’entretien de la végétation et la capacité des secours à intervenir rapidement.

Bernard Rablade, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre lien avec la forêt ?

Je suis propriétaire forestier dans le Sud-Gironde et je suis également engagé dans la Défense des forêts contre les incendies. Je suis par ailleurs élu municipal dans ma commune.

Ma forêt est une propriété familiale, transmise au fil des générations. J’ai toujours vécu dans cet environnement. J’y suis toujours profondément attaché. Pour moi, cette forêt représente un patrimoine familial, mais aussi un cadre de vie qu’il est important de faire perdurer.

Pouvez-vous nous raconter les incendies de 2022 sur votre propriété ?

Les incendies de Landiras se sont déroulés en plusieurs phases. Le feu est d’abord arrivé sur la commune de Saint-Magne le 18 juillet, puis il a repris sa progression au mois d’août, notamment vers Belin-Béliet. Les conditions étaient extrêmement difficiles : la végétation était très sèche, les vents tournaient et le feu pouvait changer de direction très rapidement.

Dans la nuit, près de 3 000 hectares ont brûlé sur la commune de Belin-Béliet et plusieurs bâtiments ont également été détruits.

En ce qui me concerne, les dégâts se sont concentrés principalement sur la commune de Saint-Magne. J’ai perdu environ 30 hectares de forêt.

Des parcelles qui avaient déjà été reboisées…

Oui. Ces parcelles avaient déjà été touchées par la tempête de 1999, puis par un nouvel épisode de tempête en 2009. À chaque fois, il avait fallu dégager les bois, remettre les terrains en état et reboiser.

J’avais réalisé moi-même une partie de ces travaux. J’avais replanté ces 30 hectares et les arbres commençaient à se développer. En 2022, tout a de nouveau été détruit par le feu.

Pendant près de trente ans, ces parcelles ont surtout représenté du travail, des investissements et beaucoup de tracas. C’est une réalité que l’on comprend mal lorsque l’on regarde uniquement la forêt comme une ressource économique. Pour un propriétaire forestier, il y a aussi un attachement personnel très fort et un engagement qui s’inscrit sur plusieurs générations.

Face aux épisodes climatiques toujours plus intenses, comment adapter une forêt face à ces risques ?

Une forêt entretenue est évidemment plus facile à parcourir et à surveiller, mais il faut rester humble face à la puissance des incendies. En 2022, les conditions météorologiques étaient telles que le feu pouvait se propager très rapidement, y compris dans des parcelles cultivées et entretenues.

Les incendies de 2022, comme ceux de cette année, ont atteint une puissance que nous n’avions pas connue auparavant. Le risque concerne désormais des territoires beaucoup plus vastes et il faut intégrer cette évolution dans la gestion forestière.

Quel message souhaitez-vous adresser aux propriétaires forestiers touchés par les incendies ?

Je sais que c’est difficile, car j’ai moi-même vécu la perte d’une partie de ma forêt. On ne perd pas seulement du bois ou une valeur économique : on perd aussi un lieu auquel on est attaché, parfois depuis l’enfance.

Mais il ne faut pas baisser les bras.

Il faut d’abord sauver ce qui peut l’être, valoriser les bois brûlés, remettre les terrains en état et, ensuite, repartir en sylviculture. Cela demande du temps, des moyens et de la patience, mais la forêt peut renaître.

Le public doit aussi comprendre que les forêts sont fragiles et que chacun a un rôle à jouer pour les protéger. C’est ce que j’appelle la culture du feu : connaître le risque, adopter les bons comportements et respecter le travail réalisé par les propriétaires et les acteurs de la prévention.

Quel rôle la certification PEFC joue-t-elle dans la restauration des forêts post-incendies ?

La certification PEFC est une référence qui reconnaît le travail de sylviculture réalisé par les propriétaires forestiers. Elle apporte un cadre dans la gestion de la forêt. Nous savons que notre travail est suivi, que nous pouvons être accompagnés dans certaines démarches et que les bois pourront, lorsqu’ils seront arrivés à maturité, être valorisés comme des bois issus de forêts gérées durablement.

Les forêts certifiées PEFC s’inscrivent dans une logique de long terme, avec le souci de les transmettre aux générations futures en bon état.

En tant qu’acteur impliqué dans la DFCI, que conseillez-vous aux propriétaires forestiers pour mieux prévenir les incendies ?

Plusieurs aménagements peuvent améliorer la prévention et faciliter l’intervention des secours.

Il est important de conserver des bandes entretenues le long des fossés et des routes, afin de créer des espaces plus facilement accessibles et de limiter la continuité de la végétation. La largeur de ces bandes doit également tenir compte des engins utilisés pour l’entretien de la forêt.

La sectorisation des massifs est également essentielle. En créant des voies ou des coupures à l’intérieur des parcelles, on facilite le travail des sylviculteurs, mais aussi l’accès des pompiers aux feux naissants. Les secours peuvent intervenir plus rapidement et parcourir des distances plus courtes.

Enfin, il faut préserver les feuillus qui apparaissent naturellement lorsqu’ils sont adaptés au sol et au climat local. Ils peuvent contribuer à diversifier les peuplements et à favoriser la biodiversité.

Pour aller plus loin

Le risque d’incendie s’intensifie et s’étend sous l’effet du changement climatique. Face à ce constat, les exigences PEFC jouent un rôle fondamental. Elles ne sont pas de simples règles : elles visent à donner aux propriétaires forestiers les clés pour protéger durablement leurs forêts contre les incendies. Ce cadre favorise des massifs forestiers plus résilients, capables de faire face aux défis de demain.

Pour en savoir plus sur les engagements pris dans les forêts certifiées PEFC, rendez-vous sur notre site immersif en-foret-certifiee.pefc-france.org et plongez au cœur des enjeux de la gestion forestière durable.

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