
La Guyane française porte une responsabilité singulière au sein du bassin amazonien, en étant le seul territoire rattaché à l’Europe en Amérique du Sud. Ici, la forêt est partout — immense, dense, d’une richesse exceptionnelle — et pourtant fragile. Pour en assurer la gestion durable, l’Office National des Forêts (ONF) gère un territoire forestier hors normes, en s’appuyant sur une approche à faible impact structurée et renforcée par la certification PEFC.
François Korysko, Directeur territorial de l’ONF en Guyane, évoque les réalités de terrain et les exigences qui guident l’action forestière en Guyane : préserver les sols, protéger la biodiversité, intégrer les usages et les droits des communautés, tout en organisant une exploitation raisonnée. Des principes qui s’inscrivent dans la charte d’exploitation forestière des standards guyanais PEFC.
Une forêt “hors échelle”
Pour François Korysko, “gérer la forêt en Guyane, c’est changer d’échelle par rapport à la forêt hexagonale”.
La Guyane compte environ 8 millions d’hectares. Le Parc amazonien de Guyane représente à lui seul 2,4 millions d’hectares, et l’ONF assure la gestion d’environ 6 millions d’hectares sur le reste du territoire. Une mission immense, dans une forêt équatoriale où la logistique reste un défi quotidien : hors littoral, l’accès se fait principalement par pistes forestières ou par les fleuves.
Une biodiversité remarquable… et des sols très vulnérables
La forêt guyanaise est l’une des plus riches au monde : on y compte autour de 250 espèces d’arbres par hectare.
“Une diversité qui demande une expertise forte des équipes de terrain, capables d’identifier les essences dans un milieu où les arbres montent très haut et où les feuilles ne sont pas toujours visibles.” explique François Korysko.
Mais cette richesse repose sur un équilibre délicat. En Guyane, la fragilité des sols est un enjeu central : le tassement ou les dégâts causés par des engins peuvent laisser des marques durables, avec des impacts sur la capacité de régénération de la forêt. Cette réalité justifie d’autant plus une gestion forestière prudente, planifiée et contrôlée, telle qu’exigée dans les standards PEFC.
PEFC en Guyane : encadrer l’exploitation à faible impact, sur le temps long
Dans ce contexte, la gestion forestière à faible impact est une condition de pérennité de la forêt. François Korysko insiste sur deux règles structurantes qui guident les pratiques dans les zones exploitées : prélever très peu et laisser le temps à la forêt de se régénérer.
« On enlève 4 à 5 tiges par hectare… c’est vraiment de la cueillette. […] Pendant 65 ans, on ne revient pas sur la parcelle. »
Ces paramètres (faibles prélèvements et rotation longue) s’inscrivent dans une approche fondée sur des connaissances scientifiques et une volonté de ne pas “décapitaliser” la forêt, en évitant de l’appauvrir à long terme tout en permettant à une filière bois locale de se développer.
Retrouvez ici les principes d’exploitation à faibles impacts PEFC.
LIDAR, GPS, cloisonnements : la technologie au service de la protection des sols
Pour limiter les impacts au sol et encadrer finement les interventions, l’ONF s’appuie sur des outils technologiques avancés. Cette gestion fine fait partie des principes à faible impact dans les standards PEFC pour la Guyane.
“La planification des pistes se fait grâce à des données LIDAR (laser aéroporté) permettant de choisir des tracés optimisés, à savoir plus adaptés au relief et évitant les zones les plus sensibles.”
Sur le terrain, la précision est la règle : les arbres sélectionnés pour la coupe sont géolocalisés, et l’exploitation est organisée autour de cloisonnements d’exploitation. L’objectif : concentrer les déplacements des machines sur une fraction limitée de la parcelle (environ 10 à 20 %), afin de préserver le reste des sols.

Cette préparation en amont, associée à un contrôle rigoureux, vise une finalité claire : minimiser les dégâts.
Des équipes de terrain spécialisées et un suivi renforcé
“Des agents forestiers partent en mission plusieurs jours, en autonomie, pour sélectionner les arbres et préparer les opérations.”
D’autres assurent le suivi des coupes et vérifient la conformité des pratiques : respect des itinéraires autorisés, qualité des abattages, limitation des impacts, et contrôle que seuls les arbres désignés sont bien exploités.
La chaîne de contrôle des bois PEFC, permet ensuite de suivre les flux de bois exploités en les reliant à une origine contrôlée, via un marquage et une chaîne de vérification.
Respect des droits coutumiers : co-construire la gestion avec les communautés
Autre dimension essentielle en Guyane : la prise en compte des droits d’usage et des réalités sociales du territoire. Une partie des espaces gérés comporte des zones de droit d’usage communautaires (ZDUC), définies par l’État pour permettre à certaines communautés — notamment amérindiennes — de pratiquer chasse, pêche, ou activités agricoles.
L’ONF travaille à co-rédiger des documents de gestion avec les communautés concernées : identifier les usages, cartographier les zones, faire des arbitrages, construire des règles partagées.
Des audits annuels : une exigence de vérification sur la durée
En Guyane, la certification PEFC s’inscrit aussi dans une logique de contrôle et d’amélioration continue. Un audit a lieu chaque année, avec des vérifications sur site, couvrant les grandes missions de l’ONF : production, protection et accueil du public, mais aussi des aspects très concrets comme le contrôle des accès (barrières, ayants droit, usages).
PEFC, garant de la pérennité des forêts
PEFC sert de cadre structurant qui permet de consolider l’action forestière et préserve l’équilibre global dans la forêt guyanaise.
En fixant des exigences et en rendant visibles les engagements, PEFC contribue à maintenir un niveau d’ambition environnementale, notamment dans un territoire exposé à des enjeux forts tels que l’orpaillage et les impacts miniers.
« La forêt, c’est un trésor — et un trésor, ça se protège. »
François Korysko
Pour aller plus loin : découvrez l’interview de Paul-Emmanuel Huet, Directeur Exécutif, PEFC France, sur RADIO PEYI.