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Le bois de chauffage mise plus sur l’environnement que sur la certification
La diversification dans le secteur du bois-énergie est si rapide qu'elle donne le tournis à beaucoup de consommateurs.

Sylviculteurs et exploitants s’investissent dans la production de bûches normalisées ou de plaquettes… Les industriels cherchent à valoriser leurs déchets, sciure, écorces et autres dosses… Certains misent sur l’approvisionnement des chaudières collectives. D’autres visent, dans une logique industrielle, le marché domestique, toujours très porteur.

Des incertitudes à leverPour Laurence Plaige, du Centre régional de la propriété forestière de Nogent-sur-Vernisson, comme pour la plupart des professionnels, cette évolution ne fait aucun doute: «l'offre de combustibles bois à destination des particuliers s'est considérablement améliorée et surtout diversifiée.»Une diversification si rapide qu'elle donne le tournis à beaucoup de consommateurs. Entre les différents types de bûches, les plaquettes, les granulés et autres combustibles à base de bois densifié, les utilisateurs ne savent plus où donner de la tête. Bien que convaincus de l'intérêt du bois pour leur facture énergétique, certains, surtout chez les nouveaux utilisateurs, craignent que cet avantage ne soit pas durable. Comme Luc, cadre commercial des Yvelines qui "espère que le succès actuel du chauffage au bois ne conduira pas les distributeurs à augmenter leurs prix sous prétexte de difficulté d'approvisionnement."
Face à l'inexpérience, la multiplication des produits et, désormais des marques, ne suffit pas toujours à rassurer. Habitués aux pratiques très encadrées du marché traditionnel de l'énergie, beaucoup, comme Bénédicte, découvrent que "le prix du bois est très variable suivant le fournisseur, la qualité et même la longueur." "Chez moi, en Seine et Marne, les prix peuvent monter jusqu'à 80 € le stère de 50 cm chez les professionnels." Utilisateur de longue date, son voisin Pascal, pour sa part, continue à faire confiance à la filière traditionnelle et "se fait livrer en 50 cm par un voisin qui a quelques bois pour 40 € le stère."
Plus question, en tous cas, pour la plupart de se contenter du tout venant ou de la récolte locale de bois! Mais plus que le prix et la fiabilité des approvisionnements, en quantité et en qualité, ce sont les aspects pratiques et techniques qui soulèvent le plus de questions. Premier au hit parade, le match "bûche-briquette".
Ainsi Jacques, jeune retraité marnais "hésite entre l'utilisation de briquettes reconstituées plutôt que de bûches "normales." D'après les renseignements des fabricants, les briquettes seraient plus chères mais aussi plus efficaces." Enrico, installé dans le Roussillon, qui vient d'installer une cheminée insert a sauté le pas seulement parce "qu'il est tard pour les commandes de bûches dans sa région" et malgré l'avis de son épouse, d'origine rurale qui "craint que ces bûches ne produisent trop de fumée."
Pour Ludovic, au contraire; "le gros avantage de la buche compressée de qualité c'est sa constance dans la production de chaleur." Ce à quoi, Jean-René, parisien, ajoute "que les briquettes fonctionnent mieux dans un appareil performant, à double combustion par exemple, que dans un insert premier prix."
À cela s'ajoutent les aspects purement pratiques comme le stockage, le conditionnement, la manipulation, la régularité énergétique et l'entretien qui varient tellement d'une situation à l'autre que toute comparaison, globalement, est impossible.

 

Une si chère énergie!Quelles réponses à ces interrogations les professionnels apportent-ils? S'agissant des approvisionnements, la plupart parient sur le service et la disponibilité. Et surtout, sur la visibilité qu'offre, à tous les acteurs de la distribution, internet. Quels que soient leur taille ou leur rayon d'action, qu'ils soient exploitants forestiers, fabricants de granulés ou négociants, tous ont fait du site web la vitrine de leur activité. Certains négoces spécialisés, comme Woodyflam, situé à Castrie dans l'Hérault, Quality Bûches ou BIOMEE, en Ile-de-France, ont déployé tout l'arsenal des services en ligne : catalogue, commandes, paiement et livraison programmée.
Parallèlement, une centaine de producteurs et revendeurs se sont affiliés au portail internet http://www.bois-de-chauffage.net et sa base de données qui visent à couvrir l'ensemble de l'hexagone.

Le site internet de Woodyflam, distributeur de bois de chauffage certifié PEFC

Argumentation bien rodée Outre la présentation détaillée des produits, des tarifs et des services, on constate également un effort quant à l'argumentation commerciale. S'agissant de la qualité, l'affichage de la marque NF Bois de chauffage pour les bûches - garantissant une série de critères comme le groupe d'essences, la longueur, le niveau d'humidité et la quantité de bois par stère - progresse. À défaut de certification, les vendeurs insistent d'ailleurs sur ces mêmes critères pour rassurer leurs clients de plus en plus sourcilleux.
Concernant les autres combustibles, en revanche, la multiplication des appellations – bois "compressé", "densifié", briquette, bûche calorifique voire biofuel - et des marques plus ou moins exotiques telles que Bricafeu, Biomass, Calor+, exiwood… - est plutôt de nature à nourrir les incertitudes quant à la nature, l'origine et la performance des produits. Autant d'interrogations que le nombre croissant de produits d'importation ne risque pas de lever.

Le levier environnementalAutre constante de l'offre bois-énergie, l'argument environnemental. Qu'il s'agisse de lever les dernières réticences quant à l'avenir des forêts mises à contribution ou de promouvoir les mérites du bois-énergie dans la réduction des rejets de CO2 et la lutte contre le réchauffement climatique.
Côté effet de serre, on récite volontiers - plus qu'on ne cite - les recommandations de l'ADEME.
En matière de gestion forestière, les arguments avancés s'appuient rarement sur un engagement de certification. Sur ce point quelques revendeurs arguent de la présence de forêts certifiées PEFC, d'autres de l'origine certifiée de leur bois, sans toutefois en apporter la preuve… Ce type de déclarations est néanmoins le signe que, comme le confirme Xavier Robaux, fondateur de BIOMEE et du site e-bois, "les clients commencent à exiger des références quant à l'origine du bois de chauffage." Une exigence que réfute pour sa part, la responsable commerciale de Woodflam, pourtant seul distributeur, à ce jour, à avoir opté pour la certification PEFC. "En prévision, précise-elle, d'une plus grande maturité du marché sur ce point."

 
Livraison de bûches compressées de Biélorussie - © DR  

La vigilance s'imposeFinalement, l'un comme l'autre, s'accordent sur un point. Compte tenu de l'évolution de l'offre, cette exigence ne tardera pas à se manifester. Xavier Robaux, qui se refuse pour l'instant à franchir le pas de la certification en raison de "la difficulté à tracer sérieusement les approvisionnements tout en répondant à la demande" est cependant convaincu que "ce sera à terme nécessaire." A juste titre, d'ailleurs, car l'arrivée sur le marché, de bois-bûche en provenance d'Europe orientale et surtout, de granulés d'origine Sud-Américaine ou Asiatique, finira par réveiller la conscience environnementale des utilisateurs. Ou à défaut, des ONGE.
Cette montée en puissance des importations de bois-énergie, totalement sous-estimée par les pouvoirs publics – la Direction Générale de l'Énergie et des Matières Premières a évalué à 10 TEP (tonne d'équivalent pétrole) les importations d'énergies renouvelables en 2006 – est d'ailleurs confirmée par les offres des importateurs. L'un des principaux sites spécialisés dans ce domaine a ainsi enregistré, entre le 1er et le 15 novembre, rien moins que 98500 tonnes de combustibles bois proposés à l'importation, pour moitié au départ de la Chine et de l'Amérique du Sud.
Ce mouvement, s'il devait s'amplifier, pour répondre à la demande ou pousser les prix à la baisse, ruinerait assurément les atouts du bois-énergie en termes de bilan carbone. Transport routier ou maritime obligent! Sans compter, les suspicions sur la légalité de certains combustibles. Un comble pour une filière qui a réussi à rajeunir son image en misant sur les avantages économiques et environnementaux des ressources locales.

 


Usine de "pellets" dans l'état du Santa Catarina au Brésil - © DR


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